NGC 5907 – La Galaxie de la Lame de Couteau

Une spirale vue par la tranche à 53 millions d’années-lumière

Certaines galaxies séduisent immédiatement par leur esthétique. D’autres fascinent autant par les questions qu’elles soulèvent. NGC 5907, dans la constellation du Dragon, appartient incontestablement aux deux catégories.

Surnommée la Knife Edge Galaxy, la Splinter Galaxy ou encore la Silver Sliver Galaxy, cette magnifique spirale apparaît presque exactement par la tranche, offrant un spectacle exceptionnel où le disque galactique semble suspendu dans l’espace. C’est cette galaxie que j’ai choisi d’imager depuis Kervignac (Morbihan) entre le 22 mai et le 22 juin 2026, au terme de plusieurs nuits d’acquisition.

Une galaxie discrète mais remarquable

Située à environ 53 millions d’années-lumière, NGC 5907 possède un diamètre estimé à près de 170 000 années-lumière, légèrement supérieur à celui de notre Voie Lactée.

Son inclinaison, proche de 87°, nous permet d’observer son disque presque parfaitement de profil. Cette orientation met particulièrement en valeur sa spectaculaire bande de poussières qui traverse le disque et masque une partie des étoiles situées derrière elle.

Le bulbe central reste relativement modeste, ce qui classe NGC 5907 parmi les galaxies dites « superthin », caractérisées par un disque extrêmement mince et une histoire évolutive relativement calme.

Une histoire plus mouvementée qu’il n’y paraît

Longtemps considérée comme une galaxie isolée, NGC 5907 s’est révélée bien plus complexe grâce aux observations profondes réalisées par les grands observatoires.

Autour de son disque s’étendent d’immenses courants stellaires, vestiges d’une ancienne galaxie naine progressivement dévorée par NGC 5907 il y a plusieurs milliards d’années. Ces structures extrêmement faibles témoignent de la croissance des galaxies par accrétion successive de petits compagnons.

Ces extensions ne deviennent visibles qu’après plusieurs dizaines d’heures de pose sous un ciel très sombre et ne sont pas encore perceptibles sur cette image, dont l’objectif était avant tout de mettre en valeur les détails internes du disque.

Une galaxie riche en matière mais discrète

Comme toutes les grandes spirales, NGC 5907 est essentiellement composée d’hydrogène et d’hélium. Son disque contient également de grandes quantités de poussières interstellaires constituées de silicates et de composés carbonés.

La bande brun-or visible au centre de l’image correspond à ces nuages de poussières qui absorbent une partie de la lumière des étoiles.

La galaxie poursuit encore aujourd’hui sa formation d’étoiles à un rythme voisin de deux masses solaires par an.

Son centre abrite probablement un trou noir supermassif dont la masse est estimée entre 10 et 30 millions de masses solaires, relativement discret comparé aux noyaux actifs observés dans d’autres galaxies.

NGC 5907 est également célèbre pour héberger NGC 5907 ULX-1, l’un des pulsars X ultralumineux les plus énergétiques connus. Cette étoile à neutrons accrète la matière d’une étoile compagnon et émet principalement en rayons X, restant totalement invisible sur une image réalisée en lumière visible.

Le champ photographié

L’image présentée ci-dessus est une version annotée permettant d’identifier les principaux objets présents dans le champ.

On y retrouve :

  • NGC 5907 au centre de l’image ;
  • de nombreuses galaxies du catalogue PGC (Principal Galaxy Catalog) ;
  • des étoiles issues principalement du catalogue Tycho ;
  • plusieurs galaxies d’arrière-plan situées parfois à plusieurs centaines de millions d’années-lumière.

Cette densité d’objets rappelle qu’une photographie de galaxie est également une véritable plongée dans la profondeur de l’Univers.

Analyse de l’image

L’objectif de cette acquisition était de restituer toute la finesse de cette galaxie exceptionnelle.

La longue intégration permet de révéler les faibles extensions du disque ainsi que les nombreuses irrégularités de la bande de poussières. Les couleurs mettent en évidence la différence entre le bulbe central, dominé par des étoiles plus anciennes aux teintes jaunes, et les régions externes plus bleutées où la formation stellaire est encore active.

Le fond de ciel reste volontairement sobre afin de préserver les nombreuses petites galaxies visibles dans le champ sans surtraitement.

La version annotée illustre également la richesse du champ photographié, où chaque petite tache diffuse correspond à une galaxie souvent bien plus éloignée que NGC 5907.

Matériel utilisé

Instrument

  • Télescope GSO Ritchey-Chrétien 304 mm (f/8)

Monture

  • SkyWatcher EQ8

Caméra principale

  • Player One Poseidon Mono (capteur Sony IMX571)

Guidage

  • Caméra ASI174MM
  • PHD2 Guiding

Acquisitions

Une meilleure météo aurait permis d’éffectuer plus de poses et de mettre les IFN beaucoup plus en évidence.

  • Luminance : 51 poses de 5 minutes
  • Rouge : 20 poses de 5 minutes
  • Vert : 20 poses de 5 minutes
  • Bleu : 20 poses de 5 minutes

Temps d’intégration total : 9 heures 15 minutes

Caméra refroidie à –10 °C.

Les acquisitions ont été réalisées entre le 22 mai et le 22 juin 2026 depuis Kervignac (Morbihan).

Traitement

Le traitement a été effectué sous PixInsight avec notamment :

  • correction des gradients ;
  • calibration photométrique des couleurs ;
  • BlurXTerminator pour l’amélioration de la résolution ;
  • NoiseXTerminator pour la réduction du bruit ;
  • StarNet2 pour la gestion indépendante des étoiles et de la galaxie ;
  • recomposition LRGB et ajustements finaux.

L’ensemble du traitement vise à conserver un rendu naturel tout en révélant les fins détails de cette superbe galaxie.

Conclusion

NGC 5907 est l’une des plus belles galaxies vues par la tranche accessibles aux amateurs. Son disque extrêmement fin, sa spectaculaire bande de poussières et la richesse du champ environnant en font une cible particulièrement gratifiante pour les longues nuits d’imagerie.

Au-delà de son esthétique, elle rappelle que chaque galaxie est le résultat d’une histoire cosmique complexe, faite de collisions, d’accrétion et d’une lente évolution sur plusieurs milliards d’années. Observer aujourd’hui la lumière de NGC 5907, c’est contempler un instant figé de l’Univers tel qu’il était il y a plus de cinquante millions d’années.